Nouveauté : Le livre « Les 400 discours du maire »
Stephanie | 5 décembre 2012
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C’est Charles de Gaulle qui, sous la Ve République, a instauré le traditionnel discours de voeux afin de faire un bilan de l’année passée et d’introduire les orientations de l’année à venir.
Georges Clemenceau 11 novembre 1918 – 11 novembre 1998
Intervention de M. Georges Clemenceau,
président du Conseil des ministres,
ministre de la guerre
annonçant à la Chambre des députés les termes de la convention d’armistice signée le matin même, à Rethondes
ANNALES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS 11 NOVEMBRE 1918
EXTRAITS -
M. le président. La séance est reprise. La parole est à M. le président du conseil (Acclamations prolongées. – MM. Les députés se lèvent.)
M. Georges Clemenceau, président du conseil, ministre de la guerre.
Messieurs, il n’y a qu’une manière de reconnaître de tels hommages venant des assemblées du peuple, si exagérés qu’ils puissent être, c’est de nous faire tous, les uns et les autres, à cette heure, la promesse de toujours travailler de toutes les forces de notre coeur au bien public. (Vifs applaudissements.) Je vais vous donner lecture du texte officiel de l’armistice qui a été signé ce matin à cinq heures par M. le maréchal Foch, l’amiral Wemyss et les plénipotentiaires de l’Allemagne. Ce document est ainsi conçu :
CONVENTION
» Entre le maréchal Foch, commandant en chef les armées alliées stipulant au nom des puissances alliées et associées, assisté de l’amiral Wemyss, First Sea Lord, d’une part ;
» Et M. le secrétaire d’Etat Erzberger, président de la délégation allemande,
» M. l’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, comte von Obendorff,
» M. le général d’état-major von Winterfeld,
» M. le capitaine de vaisseau Vanselow, »
Munis de pouvoirs réguliers et agissant avec l’agrément du chancelier allemand, d’autre part, » il a été conclu un armistice aux conditions suivantes :
a) Conditions de l’armistice conclu avec l’Allemagne sur le front d’Occident.
» 1. Cessation des hostilités, sur terre et dans les airs, six heures après la signature de l’armistice. » Le feu a cessé ce matin sur tout le front à onze heures (Applaudissements prolongés. – MM. Les députés se lèvent.) »
2. Évacuation immédiate des pays envahis : Belgique, France, Luxembourg, ainsi que l’Alsace-Lorraine, réglée de manière à être réalisée dans un délai de quinze jours à dater de la signature de l’armistice. » (MM. Les députés se lèvent et applaudissent longuement. – Cris : » vive l’Alsace-Lorraine ! « ) » Les troupes allemandes qui n’auraient pas évacué les territoires prévus dans les délais fixés, seront faites prisonnières de guerre. » (Applaudissements.) Ici est une annexe dont je ne vous donne pas lecture, attendu qu’on n’a pu me la communiquer en temps utile ; cette annexe règle les détails de la retraite des troupes allemandes.
» L’occupation par l’ensemble des troupes alliées et des États-Unis, suivra dans ces pays la marche de l’évacuation. » Tous les mouvements d’évacuation ou d’occupation sont réglés par la note annexe n°1, arrêtée au moment de la signature de l’armistice. » Rapatriement, commençant immédiatement et devant être terminé dans un délai de quinze jours, de tous les habitants des pays énumérés ci-dessus (y compris les otages et les prévenus ou condamnés). (Vifs applaudissements.) »
4. Abandon par les armées allemandes du matériel de guerre suivant, en bon état : 5 000 canons (dont 2 500 lourds et 2 500 de campagne), 25 000 mitrailleuses, 3 000 Minenwerfer, 1 7000 avions de chasse et de bombardement. » En premier lieu, tous les D7 et tous les avions de bombardement de nuit (Applaudissements) à livrer sur place aux troupes alliées et des États-Unis, dans les conditions de détails fixées par la note annexe n°1 arrêtée au moment de la signature de l’armistice. »
5. Évacuation des pays de la rive gauche du Rhin par les troupes allemandes. (Vifs applaudissements prolongés. – MM. Les députés se lèvent.) » Les pays de la rive gauche du Rhin seront administrés par les autorités locales, sous le contrôle des troupes d’occupation des Alliés et des États-Unis. » Les troupes des Alliés et des États-Unis assureront l’occupation de ces pays par des garnisons tenant les principaux points de passage du Rhin (Mayence, Coblence, Cologne) (Applaudissements prolongés. -MM. Les députés se lèvent) avec en ces points, des têtes de pont de 80 kilomètres de rayon, sur la rive droite et des garnisons tenant également des points stratégiques de la région. » Une zone neutre sera réservée sur la rive droite du Rhin, entre le fleuve et une ligne tracée parallèlement aux têtes de pont et au fleuve et à 10 kilomètres de distance depuis la frontière de Hollande jusqu’à la frontière de la Suisse. (Vifs applaudissements.) » L’évacuation par l’ennemi des pays du Rhin (rive gauche et rive droite) sera réglée de façon à être réalisée dans un délai de seize nouveaux jours soit trente et un jours après la signature de l’armistice. » Tous les mouvements d’évacuation ou d’occupation sont réglés par la note annexe n°1, arrêtée au moment de la signature de l’armistice. »
6. Dans tous les territoires évacués par l’ennemi, toute évacuation des habitants sera interdite. (Applaudissements.) Il ne sera apporté aucun dommage ou préjudice à la personne ou à la propriété des habitants. (Nouveaux applaudissements.) Personne ne sera poursuivi pour délit de participation à des mesures de guerre antérieures à la signature de l’armistice. » Il ne sera fait aucune destruction d’aucune sorte. Les installations militaires de toute nature seront livrées intactes, de même les approvisionnements militaires, vivres, munitions, équipements, qui n’auront pas été emportés dans les délais d’évacuation fixés, les dépôts de vivres pour la population civile, bétail, etc. , devront être laissés sur place. » Il ne sera pris aucune mesure générale ou d’ordre officiel ayant pour conséquence une dépréciation des établissements industriels ou une réduction dans leur personnel. »
7. Les voies et moyens de communication de toute nature, voies ferrées, voies navigables, routes, ponts, télégraphes, téléphones… ne devront être l’objet d’aucune détérioration. » Tout le personnel civil et militaire actuellement utilisé y sera maintenu. » Il sera livré aux puissances associées : 5 000 machines montées et 150 000 wagons en bon état de roulement et pourvus de tous rechanges et agrès nécessaires, dans les délais dont le détail est fixé à l’annexe n°2 et dont le total ne devra pas dépasser trente et un jours. » Il sera également livré 15 000 camions automobiles en bon état dans un délai de trente-six jours. » Les chemins de fer d’Alsace-Lorraine, dans un délai de trente et un jours, seront livrés dotés de tout le personnel et matériel affectés organiquement à ce réseau. (Applaudissements.) » En outre, le matériel nécessaire à l’exploitation dans les pays de la rive gauche du Rhin sera laissé sur place. » Tous les approvisionnements en charbon et matières d’entretien, en matériel de voies, de signalisation et d’atelier seront laissés sur place ; les approvisionnements seront entretenus par l’Allemagne en ce qui concerne l’exploitation des voies de communication des pays de la rive gauche du Rhin. » Tous les chalands enlevés aux Alliés leur seront rendus. La note annexe n°2 règle le détail de ces mesures. »
8. Le commandement allemand sera tenu de signaler dans un délai de quarante-huit heures après la signature de l’armistice toutes les mines ou dispositifs à retard (Vifs applaudissements) agencés sur les territoires évacués par les troupes allemandes et d’en faciliter la recherche et la destruction. » Il signalera également toutes les dispositions nuisibles qui auraient pu être prises tels qu’empoisonnement ou pollution de sources et de puits, etc. » Le tout sous peine de représailles (Applaudissements.) »
9. Le droit de réquisition sera exercé par les armées des Alliés et des États-Unis dans tous les territoires occupés, sauf règlement de comptes avec qui de droit. » L’entretien des troupes d’occupation des pays du Rhin (non compris l’Alsace-Lorraine) sera à la charge du gouvernement allemand. »
10. Rapatriement immédiat, sans réciprocité dans des conditions de détail à régler, de tous les prisonniers de guerre y compris des prévenus des Alliés et des États-Unis. (Applaudissements prolongés – MM. Les députés se lèvent.) Les puissances alliées et les États-Unis pourront en disposer comme bon leur semblera. » Cette condition annule les conventions antérieures au sujet de l’échange des prisonniers de guerre, y compris celle de juillet 1918, en cours de ratification. Toutefois, le rapatriement des prisonniers de guerre allemands internés en Hollande et en Suisse continuera comme précédemment. Le rapatriement des prisonniers allemands sera réglé à la conclusion des préliminaires de paix (Applaudissement.) »
11. Les malades et blessés inévacuables restés sur les territoires évacués par les armées allemandes, seront soignés par du personnel allemand qui sera laissé sur place avec le matériel nécessaire.
b) Dispositions relatives aux frontières orientales de l’Allemagne »
12. Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant la guerre de l’Autriche-Hongrie, de la Roumaine, de la Turquie doivent rentrer immédiatement dans les frontières de l’Allemagne telles qu’elles étaient au 1er août 1914. (Applaudissements.) » Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant la guerre de la Russie devront également rentrer dans les frontières de l’Allemagne (MM. Les députés se lèvent et applaudissent) définies comme ci-dessus dès que les Alliés jugeront le moment venu, compte tenu de la situation intérieure de ces territoires (Nouveaux applaudissements.) »
13.Mise en train immédiate de l’évacuation par les troupes allemandes et du rappel de tous les instructeurs, prisonniers et agents civils et militaires allemands se trouvant sur les territoires de la Russie (dans les limites du 1er août 1914). (Applaudissements.) »
14. Cessation immédiate par les troupes allemandes de toute réquisition, saisie ou mesures coercitives en vue de se procurer des ressources à destination de l’Allemagne, en Roumaine et en Russie (dans leurs limites du 1er août 1914. » (Applaudissements) »
15. Renonciation au traité de Bucarest et de Brest-Litovsk et traités complémentaires » (Applaudissements répétés. -MM. Les députés se lèvent.) M. Lauche. La victoire française libère les Russes. M. le président du conseil. »
16. Les Alliés auront libre accès aux territoires évacués par les Allemands sur les frontières orientales, soit par Dantzig, soit par la Vistule, afin de pouvoir ravitailler les populations et dans le but de maintenir l’ordre. (Vifs applaudissements. Interruptions sur divers bancs du parti socialiste). M. Mayèras. Vive la révolution russe ! MM. Compère-Morel et André Lebey. A bas les bolchevistes ! M. Barthe. Vive la Constituante ! M. le président. Messieurs, veuillez écouter. M. le président du conseil.
c) Dans l’Afrique orientale »
17. Évacuation de toutes les forces allemandes opérant dans l’Afrique orientale dans un délai réglé par les Alliés.
d) Clauses générales
» 18. Rapatriement sans réciprocité dans le délai maximum de un mois, dans des conditions de détail à fixer de tous les internés civils, y compris les otages, les prévenus ou condamnés appartenant à des puissances alliées autres que celles énumérées à l’article 3. Clauses financières »
19. Sous réserves de toute revendication et réclamation ultérieures de la part des Alliés et des États-Unis. » Réparation des dommages. (Applaudissements prolongés. -MM. Les députés se lèvent.) » Pendant la durée de l’armistice, il ne sera rien distrait par l’ennemi des valeurs publiques pouvant servir aux Alliés de gage pour le recouvrement des réparations. » Restitution immédiate de l’encaisse de la banque nationale de Belgique et en général remise immédiate de tous documents, espèces, valeurs (mobilières et fiduciaires, avec le matériel d’émission) touchant aux intérêts publics et privés dans les pays envahis. (Vifs applaudissements.) » Restitution de l’or russe ou roumain pris par les Allemands ou remis par eux. Cet or sera pris en charge par les Alliés jusqu’à la signature de la paix. (Vifs applaudissements.)
e) Clauses navales »
20. Cessation immédiate de toute hostilité sur mer et indication précise de l’emplacement et des mouvements des bâtiments allemands. Avis donnés aux neutres de la liberté concédée à la navigation des marines de guerre et de commerce des puissances alliées et associées dans toutes les eaux territoriales sans soulever de questions de neutralité. »
21. Restitution, sans réciprocité, de tous les prisonniers de guerre des marines de guerre et de commerce des puissances alliées ou associées au pouvoir des Allemands. »
22. Livraison aux Alliés et aux États-Unis de tous les sous-marins (y compris tous les croiseurs sous-marins et tous les mouilleurs de mines) actuellement existants, avec leur armement et équipement complet dans les ports désignés par les Alliés et les États-Unis. Ceux qui ne peuvent pas prendre la mer seront désarmés de personnel et de matériel et ils devront rester sous la surveillance des Alliés et des États-Unis. (Vifs applaudissements. -MM. Les députés se lèvent). » Les sous-marins qui sont prêts pour la mer seront préparés à quitter les ports allemands aussitôt que des ordres seront reçus par T.S.F. pour leur voyage au port désigné de la livraison, et le reste le plus tôt possible. » Les conditions de cet article seront réalisées dans un délai de quatorze jours après la signature de l’armistice. »
23. Les navires de guerre de surface allemands qui seront désignés par les Alliés et les États-Unis seront immédiatement désarmés, puis internés dans les ports neutres, ou, à leur défaut, dans les ports alliés désignés par les Alliés et les États-Unis, ils y demeureront sous la surveillance des Alliés et des États-Unis, des détachements de garde étant seuls laissés à bord. » La désignation des Alliés portera sur : 6 croiseurs de bataille, 10 cuirassés d’escadre (8 croiseurs légers, dont 2 mouilleurs de mines), 50 destroyers des types les plus récents. » Tous les autres navires de guerre de surface (y compris ceux de rivière) devront être réunis et complètement désarmés dans les bases navales allemandes désignées par les Alliés et les États-Unis et y être placés sous surveillance des Alliées et des États-Unis (Vifs applaudissements.) » L’armement militaire de tous les navires de la flotte auxiliaire sera débarqué. Tous les vaisseaux désignés pour être internés seront prêts à quitter les ports allemands sept jours après la signature de l’armistice. » On donnera par T.S.F. la direction pour le voyage. »
24. Droit pour les alliés et les États-Unis en dehors des eaux territoriales allemandes, de draguer tous les champs de mines et de détruire les obstructions placées par l’Allemagne dont l’emplacement devra leur être indiqué. »
25. Libre entrée et sortie de la Baltique pour les marines de guerre et de commerce des puissances alliées et associées assuré par l’occupation de tous les ports, ouvrages, batteries et défenses de tout ordre allemands, dans toutes les passes allant du Cattégat à la Baltique, et par le dragage et la destruction de toutes mines ou obstructions dans et hors les eaux territoriales allemandes dont les plans et emplacements exacts seront fournis par l’Allemagne, qui ne pourra soulever aucune question de neutralité. »
26. Maintien du blocus des puissances alliées et associées dans les conditions actuelles, -les navires de commerce allemands trouvés en mer restant sujets à capture. (Applaudissements). » Les Alliés et les États-Unis envisagent le ravitaillement de l’Allemagne pendant l’armistice dans la mesure reconnue nécessaire. »
27. Groupement et immobilisation dans les bases allemandes désignées par les alliées et les États-Unis de toutes les forces aériennes. »
28. Abandon par l’Allemagne, sur place et intacts, de tout le matériel de port et de navigation fluviale, de tous les navires de commerce, remorqueurs, chalands, de tous les appareils, matériel et approvisionnements de toute nature en évacuant la côte et les ports belges. »
29. Évacuation de tous les ports de la mer Noire par l’Allemagne et remise aux Alliés et aux États-Unis de tous les bâtiments de guerre russes saisis par les Allemands dans la mer Noire. (Applaudissements.) Libération de tous les navires de commerce neutres saisis -remise de tout le matériel de guerre ou autre saisi dans ces ports – et abandon du matériel allemand énuméré à la clause 28. »
30. Restitution, sans réciprocité, dans des ports désignés par les Alliés et les États-Unis, de tous les navires de commerce appartenant aux puissances alliées et associées, actuellement au pouvoir de l’Allemagne. »
31. Interdiction de toute destruction des navires ou de matériel avant évacuation, livraison ou restitution. »
32. Le gouvernement allemand notifiera formellement à tous les gouvernements neutres et en particulier aux gouvernements de Norvège, de Suède, du Danemark et de la Hollande que toutes les restrictions imposées au trafic de leurs bâtiments avec les puissances alliées ou associées soit par le gouvernement allemand lui-même -soit par des entreprises allemandes privées- soit en retour de concessions définies comme l’exportation de matériaux de constructions navales ou non sont immédiatement annulées.(Applaudissements.) »
33. Aucun transfert de navires marchands allemands de toute espèce sous un pavillon neutre quelconque ne pourra avoir lieu après la signature de l’armistice.
f) Durée de l’armistice »
34. – La durée de l’armistice est fixée à trente-six jours avec faculté de prolongation. » Au cours de cette durée l’armistice peut, si les clauses ne sont pas exécutées, être dénoncé par l’une des parties contractantes, qui devra en donner le préavis quarante-huit heures à l’avance. Il est entendu que l’exécution des articles 3 et 28 ne donnera lieu à dénonciation de l’armistice pour insuffisance d’exécution dans les délais voulus que dans le cas d’une exécution mal intentionnée. » Pour assurer dans les meilleures conditions l’exécution de la présente convention le principe d’une commission d’armistice internationale permanente est admis. Cette commission fonctionnera sous la haute autorité du commandement en chef militaire et naval des armées alliées. » Le présent armistice a été signé le 11 novembre 1918, à cinq heures (heure française) » Signé : FOCH (Exclamations enthousiastes – MM. Les députés se lèvent) WEYMISS, amiral. ERZBERGER, OBERNDORFF, WINTERFELDT, VANSELOW. » Messieurs, je cherche vainement ce qu’en une pareille heure, après cette lecture devant la Chambre des représentants français, je pourrais ajouter. Je vous dirai seulement que, dans un document allemand et dont, par conséquent, je n’ai pas à donner lecture à cette tribune en ce moment, document qui contient une protestation contre les rigueurs de l’armistice, les signataires dont je viens de vous donner les noms reconnaissent que la discussion a été conduite dans un grand esprit de conciliation. Pour moi, la convention d’armistice lue, il me semble qu’à cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli. Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du Gouvernement de la République française, j’envoie le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et la Lorraine retrouvées. (Vives et unanimes acclamations. -Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.) M. Petitjean. Vive l’Alsace-Lorraine française ! M. Lazare Weiller. Au nom des deux seuls Alsaciens et de nos chers collègues lorrains de cette Chambre, ma poitrine gonflée de joie a besoin de crier « Vive Clemenceau ! » M. le président du conseil. Et puis, honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. (Nouvelles acclamations unanimes. -Tous les députés se lèvent.) Par eux, nous pouvons dire qu’avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance des armes. (Applaudissements unanimes et répétés.) M. Petitjean. Vive la victoire ! M. le président du conseil. Quant aux vivants, vers qui, dès ce jour, nous tendons la main et que nous accueillerons, quand ils passeront sur nos boulevards, en route vers l’Arc de Triomphe, qu’ils soient salués d’avance ! Nous les attendons pour la grande oeuvre de reconstruction sociale. (Vifs applaudissements.) Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal ! (Applaudissements enthousiastes. -MM. Les députés se lèvent et acclament longuement M. le président du conseil.) M. le président. La voilà donc enfin, l’heure bénie pour laquelle nous vivions depuis quarante-sept ans ! -quarante-sept ans pendant lesquels n’a cessé de retentir en nos âmes le cri de douleur et de révolte de Gambetta, de Jules Grosjean, de Keller et des députés d’Alsace-Lorraine, celui de Victor Hugo, d’Edgar Quinet et de Georges Clemenceau (vifs applaudissements) quarante-sept ans, pendant lesquels l’Alsace-Lorraine bâillonnée n’a cessé de crier vers la France ! Un demi-siècle ! et demain, nous serons à Strasbourg et à Metz ! Nulle parole humaine ne peut égaler ce bonheur ! (Applaudissements unanimes et prolongés.) Provinces encore plus tendrement aimées parce que vous fûtes plus misérables, chair de notre chair, grâce, force et honneur de notre Patrie, un barbare ennemi voulait faire de vous le signe de sa conquête, non vous êtes le gage sacré de notre unité nationale et de notre unité morale, car toute notre histoire resplendit en vous ! (Très bien ! très bien !) Oui, c’est toute la France, la France de tous les temps, notre ancienne France comme celle de la Révolution et de la République triomphante, qui, respectueuse de vos traditions, de vos coutumes, de vos libertés, de vos croyances, vous rapporte toute sa gloire ! (Acclamations unanimes. -MM. Les députés se lèvent.) Et maintenant, Français, inclinons-nous pieusement devant les artisans magnifiques du grand oeuvre de justice, ceux de 1870 et ceux de 1914. Ceux de 1870 sauvèrent -non l’honneur, certes : l’honneur était sauf, j’en atteste les mânes des héros de Reichshoffen, de Gravelotte, de Saint-Privat, de Beaumont, Beaumont où les fils de compagnons de La Fayette viennent de venger Sedan (Vifs applaudissements répétés.)-mais ils sauvèrent l’avenir. Leur résistance a préparé nos victoires. Et vous, combattants sublimes de la grande guerre, Français et alliés, votre courage surhumain a fait de l’Alsace-Lorraine, aux yeux de l’univers, la personnification même du droit (Applaudissements prolongés -MM. Les députés se lèvent) ; le retour de nos frères exilés n’est pas seulement la revanche nationale, c’est l’apaisement de la conscience humaine (Vives acclamations) et le présage d’un ordre plus haut. (Acclamations unanimes. -Tous les députés se lèvent et applaudissement longuement.) M. Albert Thomas. Je demande la parole. M. le président. La parole est à M. Albert Thomas. M. Albert Thomas. Nous demandons que les députés d’Alsace-Lorraine qui sont présents dans cette salle aient les honneurs de la séance. (vifs applaudissements. -MM. Les députés se lèvent et acclament MM. l’abbé Wetterlé et Weil, députés d’Alsace-Lorraine, qui se trouvent dans une tribune.)

Pour la commémoration du 11 novembre, de nombreux présidents d’associations des Anciens Combattants nous ont demandé des modèles de discours du 11 novembre. Certes, le ministère leur envoie un modèle de discours du 11 novembre chaque année, mais il est bon aussi de personnaliser ses propos si l’on veut être vraiment écouté et suivi. Le but de cette commémoration est, en effet, de rendre hommage aux soldats de la première guerre mondiale, mais aussi de mobiliser les jeunes générations. La commémoration du 11 novembre est le rassemblement du souvenir.

Lundi 8 octobre, notre application Discours.fr a vu le jour dans les bacs de l’AppStore et auprès de nos invités lors de l’inauguration que nous avions organisée dans les locaux de la CCI du Mans. Lire la suite »

Lancement de l’application Discours.fr pour iPad aujourd’hui 8 octobre 2012 ! Pour vous guider dans la rédaction, l’entraînement et la prononciation de tous vos discours privés ou professionnels…
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Monsieur le Président de la République,
Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d’un peuple de la nuit. Sans cette cérémonie, combien d’enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d’enfants… Puissent les commémorations des deux guerres s’achever aujourd’hui par la résurrection du peuple d’ombres que cet homme anima, qu’il symbolise, et qu’il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort.
Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l’organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent légendaire, voici comment je l’ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l’aube. Il est d’usage dans cette région que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l’ensevelissement des morts français. Ce sentiment qui appelle la légende, sans lequel la Résistance n’eût jamais existé — et qui nous réunit aujourd’hui — c’est peut-être simplement l’accent invincible de la fraternité.
Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : « Il serait fou et criminel de ne pas utiliser, dit-il, en cas d’action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd’hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif ». C’était bien l’opinion du général de Gaulle. Néanmoins, lorsque le 1er janvier 42 Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n’était encore qu’un désordre de courage : une presse clandestine, une source d’informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n’existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié ; ces troupes se lèveraient lorsque les alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient les combattants fidèles aux Alliés, mais ils voulaient cesser d’être des Français résistants, et devenir la Résistance française.
C’est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s’y trouvaient des combattants français — qui eussent pu n’être qu’une légion —, pas seulement parce qu’une partie de l’empire avait rallié la France Libre. S’il venait demander au général de Gaulle de l’argent et des armes, il venait aussi lui demander — je cite — « une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui ». Le Général assumait alors le Non du premier jour ; le maintien du combat quel qu’en fut le lieu, quelle qu’en fut la forme. Enfin, le destin de la France… La force des appels de juin tenait moins aux forces immenses qui n’avaient pas encore donné, qu’à « Il faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur ». La France, et non telle légion de combattants français. C’était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l’allié qui l’armait et le soutenait, voire par son seul courage. Le général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l’union entre eux et avec tous les autres combats, car c’était à travers lui seul que la France livrait un seul combat. C’est pourquoi — même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis — l’armée d’Afrique, depuis la Provence jusqu’aux Vosges, combattra au nom du gaullisme, comme feront les troupes du parti communiste. C’est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d’une boîte d’allumettes, la microphoto du très simple ordre suivant : « M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs ».
Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu’entraînerait le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital — entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis ; débarquement en Afrique du Nord — renforce sa position. À partir du débarquement, il devient évident que la France va redevenir un théâtre d’opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements — même enrichis par l’action du Noyautage des administrations publiques — sont à l’échelle de l’occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu’elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n’ignore plus l’aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s’il est relativement facile de faire sauter un pont, il n’est pas moins facile de le réparer. Alors que s’il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu’une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d’un plan d’ensemble : il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d’ensemble ne peut être conçu et exécuté que par l’unité de la Résistance. C’est à quoi Jean Moulin s’emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de résistants après l’autre.
Et maintenant, essayons de calmer les colères d’en face… Il y a inévitablement des problèmes de personnes, et bien davantage la misère de la France combattante, l’exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc d’être spolié au bénéfice d’un autre maquis ou d’un autre groupe, qu’indignent au même moment les mêmes illusions… Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour-de-Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison. Ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien préfet radical chassé par Vichy, pour exiger d’accueillir dans le combat commun tel rescapé de la Cagoule !
Jean Moulin n’a nul besoin d’une gloire usurpée. Ce n’est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-Tireur : c’est Frenay, d’Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n’est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord, dont l’histoire recueillera tous les noms. Ce n’est pas lui qui a fait les régiments, mais c’est lui qui a fait l’armée : il a été le Carnot de la Résistance !
Attribuer peu d’importance aux opinions dites politiques lorsque la nation est en péril de mort — la nation : non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle —, penser qu’elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l’Europe, voir dans l’unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l’unité de la Nation, c’était peut-être affirmer ce qu’on a, depuis, appelé le gaullisme. C’était certainement proclamer la survie de la France.
En février, ce laïc passionné avait rétabli sa liaison par radio avec Londres dans le grenier d’un presbytère. En avril, le Service d’information et de propagande, puis le Comité général d’études étaient formés ; en septembre, le NAP. Enfin, le Général de Gaulle décidait la création d’un Comité de coordination que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l’Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l’Armée secrète, et Jacques Dalsace.
De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. « Je revois Moulin, blême, saisi par l’émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : « Mettez-vous au garde-à-vous », puis « Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la Libération de la France, dans l’honneur et par la victoire ». Et, pendant que de Gaulle lui donnait l’accolade, une larme lourde de reconnaissance, de fierté, de farouche volonté coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu’il s’était donné en 40, pour éviter de céder sous les tortures de l’ennemi ». Les tortures de l’ennemi…
En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l’avion qui va le parachuter au nord de Roanne. Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c’est l’unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu’au jour du débarquement, l’armée en haillons de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération.
Jean Moulin retrouve les membres qu’il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Celle-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l’univers concentrationnaire, la certitude de la torture. Désormais, elle va combattre en face de l’enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit : « J’espère qu’ils nous fusilleront avant ». Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller…
La Résistance grandit, les réfractaires du Travail Obligatoire vont bientôt emplir les maquis ; la Gestapo grandit aussi ; la milice est partout. C’est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d’armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; c’est le temps des caves et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d’enfants… La grande lutte des ténèbres a commencé.
Le 27 mai a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du CNR. Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : « Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines ; travailler avec les Alliés à l’établissement d’une collaboration internationale ». Puis, il donne lecture d’un message du général de Gaulle qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance le maintien de l’unité de cette Résistance qu’il représente, au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres.
Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l’armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris. Aucun successeur ne s’impose, ce qui est fréquent dans la clandestinité. Jean Moulin aura dit maintes fois avant l’arrivée de Serreules : « Si j’étais pris, je n’aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant… ». Il veut donc désigner ce successeur avec l’accord des mouvements, notamment de ceux de la zone sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire. Ils l’y attendent, en effet ; la Gestapo aussi… La trahison joue son rôle et le destin, qui veut qu’aux trois-quarts d’heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu’elle tient le chef de la Résistance. En vain. Le jour où, au Fort Montluc à Lyon, après l’avoir fait torturer, l’agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu’il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa sœur : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous ». Comprenons bien que pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mademoiselle Moulin, il savait tout !
Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu’elle ne croit qu’aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bain — il n’a pas encore entendu parler de la baignoire…
Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d’ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés. Grâce à toi, les chars n’arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les Commissaires de la République, sauf lorsqu’on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas, l’une des premières divisions cuirassées de l’empire hitlérien : la division « Das Reich ».
Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi — et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé. Avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses. Avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres. Entre avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle — nos frères dans l’ordre de la Nuit…
Commémorant l’anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, les cloches d’anniversaire qui sonneront comme celles d’il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi ».
L’hommage d’aujourd’hui n’appelle que le chant qui va s’élever maintenant, ce Chant des Partisans que j’ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d’Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Écoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées.
Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé. Ce jour-là, elle était le visage de la France ».
Mes amis, au secours…
Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée…
Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu.
Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !
Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : « TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPRENDS ESPOIR, ICI ON T’AIME ».
La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci ! Chacun de nous peut venir en aide aux « sans abri ». Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain : 5000 couvertures, 300 grandes tentes américaines, 200 poêles catalytiques. Déposez-les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.
Merci !
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
En ce jour où je prends la responsabilité d’assumer la plus haute charge de l’Etat, je me sens dépositaire d’une espérance.
L’élection présidentielle n’a pas vu la victoire d’une France contre une autre, d’une idéologie contre une autre. Elle a vu la victoire d’une France qui veut se donner les moyens d’entrer forte et unie dans le troisième millénaire.
Le 7 mai, le peuple français a exprimé sa volonté de changement.
Je suis décidé à placer le septennat qui commence sous le signe de la dignité, de la simplicité, de la fidélité aux valeurs essentielles de notre République.
Je n’aurai d’autre ambition que de rendre les Français plus unis, plus égaux, et la France plus allante, forte de son histoire comme de ses atouts.
Je ferai tout pour qu’un Etat impartial, assumant pleinement ses missions de souveraineté et de solidarité, soit pour les citoyens le garant de leurs droits et le protecteur de leurs libertés. Je ferai tout pour que notre démocratie soit affermie et mieux équilibrée, par un juste partage des compétences entre l’exécutif et le législatif, ainsi que l’avait voulu le Général de Gaulle, fondateur de la Ve République. Le Président arbitrera, fixera les grandes orientations, assurera l’unité de la Nation, préservera son indépendance. Le Gouvernement conduira la politique de la Nation. Le Parlement fera la loi et contrôlera l’action gouvernementale. Telles sont les voies à suivre.
Je veillerai à ce qu’une justice indépendante soit dotée des moyens supplémentaires nécessaires à l’accomplissement de sa tâche.
Surtout, j’engagerai toutes mes forces pour restaurer la cohésion de la France et renouer le pacte républicain entre les Français. L’emploi sera ma préoccupation de tous les instants. La campagne qui s’achève a permis à notre pays de se découvrir tel qu’il est, avec ses cicatrices, ses fractures, ses inégalités, ses exclus, mais aussi avec son ardeur, sa générosité, son désir de rêver et de faire du rêve une réalité.
La France est un vieux pays, mais elle est aussi une Nation jeune, enthousiaste, prête à libérer le meilleur d’elle-même pour peu qu’on lui montre l’horizon, et non l’étroitesse de murs clos. Le Président François MITTERRAND a marqué de son empreinte les quatorze ans qui viennent de s’écouler.
Un nouveau septennat commence. Je voudrais qu’à l’issue de mon mandat, les Français constatent que le changement espéré a été réalisé. Je voudrais que, plus assurés de leur avenir personnel, tous nos compatriotes se sentent partie prenante d’un destin collectif. Je voudrais que ces années, lourdes d’enjeux, mais ouvertes à tous les possibles, les voient devenir plus confiants, plus solidaires, plus patriotes, et en même temps plus européens, car la force intérieure est toujours la source d’un élan vers l’extérieur.
Avec l’aide des hommes et des femmes de bonne volonté, conformément à l’esprit et à la lettre de nos institutions, et aussi à l’idée que je me fais de ma mission, je serai auprès des Français, garant du bien public, en charge des intérêts supérieurs de la France dans le monde et de l’universalité de son message.
Vive la République.
Vive la France !